....La Nuit, Tous Les Mariage Sont Gris....

....La Nuit, Tous Les Mariage Sont Gris....
Bon, les enfants, je suis en colère.

Mieux vaut vous prévenir de suite, ça va péter!

Lecteurs sensibles, s'abstenir.

Je viens d'avoir une conversation politique avec ma maman unique et préférée, et j'en reviens toute échauffée! Non que je me sois disputée avec ma génitrice, qui est mon modèle en beaucoup de points. Mais justement, comme nous avons le mêmes avis, nous surenchérissons l'une l'autre et à la fin de notre conversation animée, nous nous sentons toutes deux prêtes à monter au front et à faire bouffer ses talonnettes à Sarko! Ou presque.

Ma mère a un idole: pas mon père, non, mais un brillant journaliste paraît-il (j'avoue ne pas l'écouter, je n'ai pas la radio) : Nicolas Demorand.
Or, il n'y a pas longtemps, Nicolas Demorand recevait sur France Inter le nazillon Eric Besson.

Et ce que dit Eric Besson m'intéresse beaucoup: l'homme est stupide et criminel depuis qu'il a envoyé des Afghans se faire buter, c'est clair, mais étant donné que c'est le Ministre (car cet homme est ministre et je n'en reviens toujours pas!) de l'Immigration et de l'Identité Nationale (est-ce que ça veut dire que pour se sentir Français, il faut s'identifier à Besson? Aaaaarrrgghh!....Pardonnez-nous, ancêtres preneurs de Bastille et fondateurs de l'Etat-nation!), puisque ce cloporte est Ministre de l'Immigration et de l'Identité Nationale, disais-je avant de m'interrompre brusquement sur ce cri d'amour et d'agonie montant jusqu'aux mânes révolutionnaires et disparues, il a le pouvoir ce bougre, d'influencer en profondeur ma vie de couple. Car mon compagnon est un étranger.
Oui je sais, au XXIème siècle, ça choque encore beaucoup de monde, et j'ai constamment droit aux questions du type: « mais quelle langue vous parlez entre-vous? », « la différence de culture ne vous gêne donc pas? », « et est-ce que, dans son pays, les codes de séduction sont les mêmes que dans le nôtre? »... et moi est-ce que je te demande par quel côté tu te fais prendre, pouffiasse?

Sans compter la meilleure d'entre toutes, celle que l'on me demande sys-té-ma-ti-que-ment: «t'as pas peur qu'il soit avec toi juste parce que tu es Européenne? ». Et depuis quand le fait d'être Européenne est-il un label de qualité?

Donc, Eric Besson parlait sur France Inter des « mariages gris ». Un site en parle aussi, très bon site d'ailleurs, et comme il reflète tout à fait mes opinions personnelles, je vous le conseille (car ceci est mon blog et j'y fais CE-QUE-JE-VEUX!) : www.amoureuxauban.net

Tout le monde sait ce qu'est un « mariage blanc », un mariage organisé par deux personnes de nationalité différentes (dont l'une est Française) afin d'obtenir un titre de séjour à la personne étrangère. Le « mariage blanc » est puni par la Loi. Autrement dit l'étranger retourne dans son pays se faire buter ou crever de faim, et la Française (ou le Français) écope d'une peine de prison.

« Le mariage gris », c'est le mariage entre une Française (ou un Français) de bonne foi, parfaitement amoureuse d'un « méchant » sans-papiers qui l'épouse juste pour obtenir un visa! Si un « mariage gris » est découvert, la Française n'est évidemment pas punie, par contre le sans-papier est bon pour un vol gratuit direction Kaboul, ou que sais-je.

Évidemment, en conseillant aux Français (et surtout aux Françaises, ces naïves!) de se méfier des « mariages gris », Eric Besson n'a qu'un but: jeter les doutes sur les mariages mixtes.
Parce qu'une Blanche avec un Noir (ou l'inverse), comprenez, braves gens, que c'est louche! Comment des gens de cultures différentes peuvent-ils s'entendre alors que le nombre de divorces augmente chez les couples Français homogènes?
Ayons peur de ce que nous ne comprenons pas, et luttons contre ce qui nous dérange!
Ainsi mes amis, Besson-nazillon vous demande de traquer la Musulmane qui sort avec le Bouddhiste, la Blanche qui côtoie le Noir et la Française éprise d'un Asiatique!

Et ne vous méprenez-pas: ce n'est pas parce que le mot « race » a quasiment disparu du vocabulaire politique d'aujourd'hui que le racisme, lui, est annihilé. Et encore moins les racistes qui encombrent les bancs de notre Parlement et qui se voient octroyer des postes de Ministres!

Les couples mixtes témoignent au sein d'associations qui se sont heureusement formées, des humiliations quotidiennes qu'ils subissent: enquêtes policières qui ne tiennent aucun compte du respect dû à la vie privée, menaces constantes d'expulsion (même lorsque le couple est marié avec des enfants, nous en sommes là!)

Et si on décide de se marier à l'étranger, il faut s'adresser au Consulat français du pays dans lequel le mariage est célébré afin que l'union soit reconnue en France... or le Consulat peut refuser de reconnaître l'authenticité du mariage, et ce sans justification! (ce qu'il fait de plus en plus, d'ailleurs. Tout dépend si vous vous mariez avec un Américain plein aux as ou avec un Pakistanais sans le sou).

Donc amis Français et Françaises, voici le message d'Eric Besson: mariez-vous entre vous, faîtes des petits enfants Blancs, ne mélangez pas trop les couleurs et surtout, SURTOUT, méfiez-vous des étrangers, ces fanatiques aux grandes dents et au sexe dressé qui n'hésiteront pas à vous abuser pour obtenir un visa!

Et voici mon message: Français, Françaises, si vous le pouvez, fuyez ce pays tant qu'il en est encore temps! Suivez donc l'exemple de la lauréate du Goncourt Marie NDiaye qui s'est cassée hors de la France dont elle jugeait la politique « monstrueuse », ou quelque chose d'approchant! Lorsque ce pays aura fini de se fachiser, vous n'en aurez peut-être plus l'occasion.
Fuyons, Camarades, et laissons nos dirigeants gouverner un pays vide! Ils ne débiteront alors leurs salades qu'aux vers-de-terre charitables qui voudront bien les écouter.

Il est hors de question que je me batte, car j'estime ne pas avoir à justifier une minute pourquoi diable! l'idée saugrenue de m'acoquiner avec un étranger m'est passée par la tête! Je ne supporterai pas les interrogatoires, qu'ils émanent de policiers en manque de chiffres ou de civils ignorants et barbares! Je me marierai et tenterai de faire reconnaître mon mariage par la France. Si le Consulat me refuse le droit le plus élémentaire qui est celui de vivre avec une personne qu'on aime,je n'insisterai pas car je ne me considérerai plus Française, j'aurais bien trop honte! Et je ne remettrai pas les pieds dans ce pays, pas tant qu'un étranger partagera ma vie. Parce que le refuser lui, ce sera me refuser moi, et je ne me rendrai jamais dans un endroit dont mon mari est exclu à cause, et à cause seulement, de son origine!

En plein débat sur l'identité nationale ces temps-ci, je sais ce qu'est « être Française ». C'est éprouver une honte infinie envers son compagnon, persuadé tout naïf qu'il est, que notre pays d'origine est celui des Droits de l'Homme.
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# Posté le vendredi 27 novembre 2009 18:04

Modifié le samedi 28 novembre 2009 17:11

Bon WE!

Bon WE!
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# Posté le jeudi 26 novembre 2009 13:15

"Confiture de mûûûres..." (la grenouille à grande bouche)

"Confiture de mûûûres..." (la grenouille à grande bouche)

Oyez Oyez, braves gens, nous sommes en novembre!

Depuis 16 jours. Je sais, j'ai pris du retard, et alors?

16 jours que nous sommes en novembre, 16 jours que nous fêtons allègrement la chute du mur de Berlin. 16 jours que les journaux de tous bords affichent leur exaltation, leur excitation et leur trépidation aux souvenirs anciens de Berlinois sexagénaires qui hantent leurs colonnes.
16 jours que je shoote nonchalamment dans des tas de feuilles mortes en ne partageant pas l'euphorie générale.

La chute du mur, c'est la fin de l'histoire, disait Francis Fukuyama. Et les historiens de reprendre en c½ur la vieille antienne.

Bande de hérissons.

La pensée de Francis Fukuyama est l'exemple du nombrilisme des protagonistes du Xxème siècle. Ce qu'ils ont vécu était cruel. Ou grandiose. En tout cas c'était unique, et forcément le début, ou la fin, de quelque chose.

Et vos gosses du XXIème, alors, ils n'en vivront pas des trucs cruels, grandioses et uniques? Auriez-vous gardé tout le sensationnel pour vous, espèce d'égoïstes?

Moi qui ne suis même pas historienne (mais plus diplômée que Jean Sarkozy, soit dit en passant...), je vais vous prouver que nous pouvons faire aussi bien, sinon mieux, sinon pire que le Xxème Siècle. Et que non, votre siècle n'était pas le « der des der »!

Voyons un peu...

Vous avez eu Amstrong qui a marché sur la Lune. Qu'avons nous? Le vaccin contre le cancer du col de l'utérus. Comment ça, ça n'a rien à voir? Alors que vous vous êtes essoufflés à applaudir votre trompettiste qui plantait le drapeau américain là ou personne ne le verra jamais, nous, nous avons applaudi (plus discrètement, il est vrai) une avancée sublime dans la lutte de la plus répandue des maladies mortelles: le cancer. Vous avez risqué la vie d'un homme en l'envoyant sur une fusée, nous avons sauvé la vie de plusieurs femmes. Vous avez joué à l'apprenti divin en explorant l'extériorité de notre planète, nous avons soigné l'intériorité des créatrices de l'humanité.

Vous avez eu Hitler, Staline, Mussolini, Franco, Mao et Pol Pot...

Nous n'en avons pas encore eu autant (notre siècle est si jeune...) mais nous vous suivons sur ce chemin-là. Et comme disait De Gaulle, « il ne suffit pas de crier l'Europe, l'Europe! » pour s'en croire épargné. Il suffit, pour s'en convaincre, de considérer ce qui se passe en Italie (sur le point de refuser la nationalité italienne de bébés nés sur son territoire de parents étrangers, la persécution des Roms...), en Irlande (la persécution des Roms, toujours, jusque dans les églises de Belfast...) et en France (le rétablissement de la peine de mort).

... Comment, vous n'êtes pas au courant?

Mais si, voyons! Le rétablissement de la peine de mort en France! L'assassinat légalisé par l'Etat!

... Non, ça ne vous dit rien?

Enfin il n'est pas possible que vous n'ayez pas entendu parler de ces Afghans renvoyés dans leur pays d'origine, et ce au mépris, de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, de la Convention de Genève de 1949, et des recommandations de la Cour de Justice des Communautés européennes.

...Ce n'est pas pareil!

...En êtes-vous si sûrs?

Certes, nous ne tuons pas nous-mêmes (quoi qu'il ait existé des cas de réfugiés décédés lors de retours forcés dans leur pays, organisés par la France... le premier décès concernait un Ethiopien, c'était en 2007... personne n'en a parlé.)

Nous ne sommes plus les bourreaux, mais nous conduisons des hommes et des femmes vers leurs bourreaux. De même pendant la seconde guerre mondiale, la plupart des Français ne tuaient pas directement les Juifs mais les dénonçaient à la gestapo. Kiff kiff.

Les Français de ce temps-là ont été reconnus coupables.
Et les Français d'aujourd'hui, quand seront-ils considérés comme tels?

Combien de temps nous faudra-t-il attendre et combien d'Afghans seront-ils renvoyés dans leurs pays en guerre avant que Besson ne soit comparé à Laval?

Et notre Ministre de l'Immigration, ce même Besson, qui vient nous parler d'identité nationale!
L'identité nationale, ne sont-ce pas ces mots gravés au fronton de nos mairies « liberté, égalité, fraternité»? Et la Révolution Française de nos Lumières depuis longtemps éteintes ne fait-elle pas partie d'une histoire que l'on prétend glorieuse, et commune à tous les Français?

Si cette identité est si importante pour Besson et le fief Sarkozy, pourquoi l'oublier dès qu'il s'agit des Droits de l'Homme?

A l'époque de la mondialisation, les Etats-nations deviennent poreux et les frontières tendent à disparaître. Mais beaucoup de murs se tiennent encore, gigantesques et debout, dans nos esprits. Car il faut avoir un mur devant les yeux pour ne pas voir qu'un homme, quelle que soit sa nationalité, est avant tout un homme. Et qu'une vie ne se monnaye pas au prix d'un passeport. Ces murs mentaux sont certainement les plus difficiles à anéantir.

1989-2009: 20 ans qu'un mur s'est effondré. Riez, braves gens! D'autres, depuis, se sont construits.





# Posté le lundi 16 novembre 2009 17:29

"Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais." (O. Wilde)

"Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais." (O. Wilde)
Alors que je passais sur mon blog par hasard je me suis dis « et si j'écrivais?». Je n'ai que ça à faire de toute façon. En fait non, je pourrais préparer mon exposé que je dois tenir demain mais j'avoue que je ne prends pas ce travail trop à coeur. Exercice répété mille et mille fois depuis le CP. Ça passe ou sa casse, on s'en remettrait presque à la fatalité.

Je ne sais pas si ça vous le fait aussi parfois, mais j'ai l'impression ces temps-ci que mes études, et ma vie en générale, ne reflètent rien d'autre qu'une vaste mascarade. D'être une mauvaise actrice destinée à jouer un rôle qui ne lui convient pas.

Tous les matins on met un masque, on frappe trois coups comme au théâtre, le rideau s'ouvre et on sort avec plus ou moins de talent les répliques attendues par notre entourage. Rien d'étonnant, pas de place pour l'improvisation (cette idée même d'improviser, de se lancer dans le vide au risque de foutre la pièce par terre nous fait trembler), tout est écrit.

Vous me direz « ouh, ça sent le blues! ». Même pas. J'ai du faire trop de sociologie car je me considère moi-même comme un objet d'étude. J'adopte le regard froid et distancié de celui que la condition humaine ne semble pas concerner.

Pensez donc! Sociologie de la culture, sociologie de l'Etat, sociologie des organisations, sociologie des médias, sociologie des politiques publiques... A quand la sociologie des chiures de mouches?

Un objet d'étude, donc. Une marionnette qui se demande encore quel est le salopard qui tire ainsi sur ses ficelles. « Je veux aller à droite! ». Non, Gepetto a décidé que la marionnette ira à gauche et la poupée de bois n'aura d'autre choix que d'obéir. Elle pourrait couper ses fils aussi. Mais même les gestes qui lui sont nécessaires pour commettre un tel acte sont contrôlés par Gepetto. Nulle issue donc.

«Ça y est, elle débloque! »

Non. Jamais après 21 heures.

Ces dernières années, dans le théâtre de ma vie, il y a eu quelques ratés. Bon, hein, on ne va pas dramatiser, il y en a eu dans tous les théâtres. Mais enfin certains acteurs ont quitté la pièce, et sans révérence en plus, ce qui est gênant vis-à-vis du public. Non, franchement, ça ne se fait pas.

La prochaine fois, je ferai plus attention au casting et je ne laisserai pas n'importe quel idiot en habit arlequin venir polluer MES planches de ses grosses savates.
Je vous préviens, je serai discriminante: les muets, dehors! Je veux des gens qui disent ce qu'ils pensent. Les bavards, dehors! Je veux des gens qui pensent ce qu'ils disent. Les grosses voix, les hâbleurs, les bécasses, les sportifs, les matheux, les machos, les fascistes, les cerveaux vides et les penseurs creux, dehors!

Et je sens que Don Quichotte n'a pas fini de distribuer des tentes Décathlon: beaucoup de gens se retrouveront à la rue.

Malheureusement pour moi et heureusement pour le reste de l'humanité, il m'est impossible de supprimer tous les visages qui m'horripilent.
Par contre le mien, parfois, il m'arrive de l'oublier.

Si, c'est vrai, d'abord! Vous connaissez cette sensation de se réveiller le matin et de ne plus savoir très bien où on est? On regarde le plafond, les murs, les meubles et puis pouf! ça nous revient. Ou pas. Mais alors là, c'est grave.

Lorsque je me réveille le matin, il m'arrive de ne plus savoir où je suis, ce qui est une chose, mais de ne même plus savoir QUI je suis, ce qui en est une autre.
Ne plus savoir qui on est signifie ne plus savoir si on est un homme ou une femme (oui, ça va jusque là), quelle est notre situation familiale (nombre de frères? Soeurs? Parents divorcés ou en couple?), si on est amoureux, quel est notre passé et ce que l'on est censé faire de notre vie. C'est-à-dire ce que les autres attendent de nous.

Ça dure quelques secondes, ou minutes, je ne sais pas. En tout cas, les secondes semblent bien longues lorsqu'on ne sait plus qui on est. C'est flippant. Flippant, mais grisant aussi car lorsqu'on perd son identité, rien ne nous empêche d'en prendre une autre... de se tailler un costume sur mesure... plus brillant, mieux coupé...

Mais le cerveau humain, quoi qu'on en dise, a peur de l'inconnu. Alors, bon gré mal gré, il travaille dare dare pour récupérer les infos manquantes. Et il se pose consciemment les fameuses questions philosophiques: qui suis-je, où vais-je, à quoi sers-je? Et parce que c'est le matin et qu'il vient juste de s'allumer, il y répond le plus simplement possible: femme, Cécile, 21 ans, en couple, étudiante, brouillée avec... amie avec...projets...
Et dare dare toujours, il rembobine le passé: engueulades, angoisses, joies, craintes,surprises, rancunes, erreurs, espoirs...

Objectivement, je pense qu'on peut dire que ce processus est rapide; je ne passe pas des heures à tourner en rond dans ma chambre à me demander qui je suis. Mais coincez-vous le doigt dans une porte, et les secondes vous paraîtront des siècles...

Et je me dis, aujourd'hui mon cerveau récupère sans mal toutes ces données. Mais demain? Que se passera-t-il si tout disparaît et que rien ne revient?

Ça m'étonnerait fort que le problème s'arrange en vieillissant.
Ma mère, qui est alarmiste, parle de schizophrénie.
Et alors? C'est pas un scoop, on est tous schyzophrènes. Regardez Dr Jekill... il est connu dans le monde entier. Relisez le Horla, de Maupassant. Ce n'est pas de la schizophrénie, ça, peut-être?
Oui bon d'accord, mes exemples sont un peu rudes car tout le monde se suicide à la fin.

Mais si la schizophrénie n'était pas de la folie? Je veux dire, j'ai côtoyé pas mal de schizophrènes dans le cadre de mon job d'été, mais leur problème à eux, ce qui faisait qu'ils étaient coupés du reste de la société, c'était leur violence et le fait qu'ils étaient mentalement retardés.

Je ne pense pas être mentalement retardée. Je ne pense pas non plus être violente même si quelques gestes brusques m'échappent parfois (mon copain s'est pris quelques baffes. Une seule, en fait. Il peut témoigner en tant que victime, mais il pourra difficilement remettre en cause ma lucidité au moment de l'acte).

Si le schizophrène, c'est juste l'acteur qui se retire d'une pièce pour en jouer une autre? Dans le calme, sans violence, et quelque part, en toute lucidité. Quoi de plus naturel? Quoi de plus sain?
Si la schizophrénie, c'était juste changer de vie? Ne rêvons-nous pas tous, au fond, d'être schizophrène? Alors pourquoi s'alarmer si la vie ne nous en laisse pas le choix?

Si la schizophrénie nous permettait d'accomplir toutes les folies que l'on a toujours rêvé d'accomplir sans jamais oser car notre bonne éducation nous pousse à entreprendre ce que l'on attend de nous. Tant que l'acteur a un rôle à jouer, il a un public qui l'écoute, et qui peut, au choix, l'applaudir ou le huer. Nous rêvons tous d'être applaudis, alors nous respectons notre rôle.

Mais si nous oublions le scénario, le masque, le décor et les costumes? Si nous oublions carrément qu'une représentation doit se tenir et qu'un public nous attend?...

Alors, quoi de plus beau que l'impro?...
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# Posté le mardi 03 novembre 2009 16:25

Modifié le mardi 03 novembre 2009 16:42

The only way to get rid of a temptation is to yield to it. (O. Wilde)

The only way to get rid of a temptation is to yield to it. (O. Wilde)
Le blanc a pour opposé le noir.
Le bien a pour opposé le mal.
La paix a pour opposé la guerre.
L'étudiant a pour opposé l'argent.

...et plus particulièrement l'étudiante. Ce qui est bien dommage vu que l'étudiante n'aime rien tant que faire un peu de shopping. Si vous le voulez bien, suivons la un moment.

L'étudiante fait des stages à l'étranger, soit parce qu'elle le veut soit parce qu'on l'y oblige, et lorsqu'elle se déplace elle opte volontiers pour les pays chauds, les Tropiques si possible (l'étudiante est exigeante). Hélas! Les meilleures choses ont une fin, et lorsqu'elle doit de nouveau affronter les hivers rigoureux de son pays natal, elle se rend compte qu'elle a passé plus d'un an sans mettre un pull (16 mois tout rond: l'étudiante est précise) et que ces derniers ont déserté son placard.
Dans ces conditions, et bien qu'elle soit plus volontiers fourmi que cigale, l'étudiante décide de mêler l'agréable à l'utile et de s'offrir une séance de shopping pour se fournir en pulls et en hauts à manches longues.
Avant de quitter pour quelques heures son si chaleureux 9m2, l'étudiante fait ses comptes: aïe, les finances sont déficitaires, l'étudiante dépense plus qu'elle ne touche mais heureusement, se dit l'étudiante (car l'étudiante est optimiste), un joli petit pactole de dons liés à Noël et aux anniversaires a été accumulé durant de nombreuses années, et l'étudiante a de quoi voir venir.

Néanmoins, scrupuleuse et peut-être légèrement pingre, l'étudiante dresse le bilan:

-*** euros dépensés en frais médicaux et en médocs non-remboursés par la sécu, car l'étudiante anémique souffre d'hypotension et les médicaments prescrits dans ce cas sont qualifiés de « médicaments de confort » et non remboursables. L'étudiante a fulminé devant la pharmacienne honteuse et incompétente. Et son poing sur la gueule, c'est confortable?
(et pour ne plus avoir à acheter ce genre de médocs, l'étudiante carbure à l'antésite depuis des mois -à l'antésite, pas à l'absinthe, faut pas confondre! Ce breuvage qui est en fait du concentré de réglisse a le don d'accélérer le rythme cardiaque à court terme)

-*** euros dépensés en frais de transport

-*** euros dépensés en nourriture: le médecin lui a recommandé le poisson et l'étudiante avait sagement opiné, ne sachant pas combien coûte un poisson. Elle le sait à présent et comprend pourquoi tant de jeunes s'orientent vers le McDo.

- *** euros dépensés pour l'achat d'un ordinateur portable, le précédent s'étant mal remis d'une pluie diluvienne (les Tropiques, toujours). L'étudiante devra faire attention, car le nouveau non plus n'est pas waterproof.

-*** euros dépensés pour l'achat d'un billet A/R vers les Tropiques, sans son ordinateur. D'un geste décidé, l'étudiante raye cette dépense de sa liste, considérant qu'elle ne compte pas (elle a travaillé cinq semaines dans ce but là, justement, et c'est d'ailleurs son boulot qui a épuisé ses forces).

De plus, l'étudiante doit prévoir d'autres achats: les cadeaux de Noël approchant, inévitables. Les cadeaux d'anniversaire des prochains mois, pas plus évitables. Son rendez-vous chez le dentiste qu'elle n'a toujours pas fixé. Les livres que lui recommandent ses profs. Ses séances chez le psy, car l'étudiante, cédant aux insistantes pressions de son entourage s'est (enfin!) résignée à aller consulter. Manque plus qu'à trouver un psy, le temps d'aller voir un psy puis l'argent pour aller voir un psy. C'est presque dans la poche, en somme.
Et l'étudiante a décidé de se mettre au sport: elle a opté pour la natation. Manque plus qu'à trouver le chemin qui mène à la piscine et l'argent qui permet d'y entrer.

L'étudiante se souvient d'une citation d'Oscar Wilde (l'étudiante est lettrée): Ceux qui ne vivent pas au-dessus de leurs moyens souffrent d'un cruel manque d'imagination. Et cette citation la réconforte.

Alors, pour se prouver qu'elle a de l'imagination, l'étudiante a pris un certain nombres de dispositions:

-L'étudiante a lu dans un journal qu'1/5 des étudiants ont un job. L'étudiante fera bientôt partie de ceux-là si l'entretien d'embauche qu'elle doit passer le 6 novembre prochain abouti. Elle se demande néanmoins qui sont les 4/5 étudiants restants: des gens en double cursus, probablement.

-Elle a depuis longtemps renoncé à avoir une voiture qu'il faudrait entretenir puis nourrir d'or noir: il en résulte que l'étudiante n'a jamais moins conduit que depuis qu'elle a le permis.

-L'étudiante s'est mise à vendre certains de ses effets personnels

-L'étudiante a arrêté de consommer de la viande depuis belle lurette

-L'étudiante se rend plus volontiers dans les magasins de grandes distribution plutôt que dans ceux de proximité, trop chers à son goût.

-L'étudiante consomme les produits ayant passé d'un jour ou deux la date de péremption, ils sont bien moins chers

-L'étudiante est bien sûr dotée de la carte du magasin

-Elle surconsomme les pâtes.

Cette liste là la rassure et l'étudiante part acheter ses pulls.

Dans la boutique, l'étudiante touche à tout, regarde tout avec l'espoir de rester raisonnable. Pour cela elle se dit que si les fringues ne lui plaisent pas à 100%, elle ne les achètera pas.

Tout naturellement, l'étudiante pose beaucoup de questions aux vendeuses qui se demandent qui est cette grosse vache à lunettes qui interrompt leur léthargie en leur posant des questions malvenues pour savoir si une taille 3 équivaut à du 40 ou si, dans un cas ou les boucles d'oreille sont vendues par trois, il n'y en n'a que 2 car une paire a été volée, que font les vendeuses? Ajoutent-elles une paire ou réduisent-elles le prix? Les vendeuses grommellent mais l'étudiante n'en a cure: les questions qu'elle pose font partie de sa déformation estudiantine, et pour peu que l'étudiante soit à Sciences Po, elle a l'habitude de se prendre la tête pour pas grand-chose (d'autant plus qu'elle n'a nullement l'intention d'acheter lesdites boucles d'oreille). Mais pas les vendeuses, qui boudent.

D'ailleurs, pourquoi l'étudiante a-t-elle choisi d'effectuer ses achats dans ce magasin ou les fringues ne sont pas terribles et les vendeuses pas si sympas? Car pour 3 articles achetés, le troisième est à 1euro. Soucieuse de ne pas trop malmener son porte-monnaie, l'étudiante est à l'affut de toutes les bonnes affaires.

Une fois dans la cabine d'essayage et au fur et à mesure qu'elle enfile pulls et sous-pulls, l'étudiante commence à regretter son amour déraisonnable du chocolat. Dans un coin de sa tête des projets de régimes draconiens commencent à se former.
Mais halte-là! se ressaisissant soudain et relevant le menton, fière et orgueilleuse (et peut-être quelque peu féministe sur les bords), l'étudiante se dit que ce n'est pas aux corps des femmes de changer pour s'adapter aux habits, mais aux habits à être taillés pour s'adapter aux corps des femmes. Une femme normalement constituée et en bonne santé a une poitrine, un ventre, des hanches, des cuisses et des fesses et l'étudiante est prête à le revendiquer. Honte aux tailleurs et minables stylistes, certainement eunuques, qui l'oublient!

Tout en se promettant de ne plus se laisser déstabiliser par de vulgaires morceaux de tissus destinés à l'usage de mantes religieuses ou de poupées anorexiques, l'étudiante se met à la recherche d'autres habits dans lesquels pourrait flotter librement sa bedaine.
Retour à la cabine d'essayage. Eurêka, c'est la gloire! Tout lui va.
Oscar Wilde écrivait: Il y a deux grandes tragédies dans la vie. La première, c'est de ne pas obtenir ce que l'on veut. La deuxième, c'est de l'obtenir.
Une fois de plus, l'étudiante se rend compte du bien fondé de cette phrase et de la sublimissime spiritualité de son auteur.
Car pour en revenir à son cas, il est frustrant de ne trouver aucune fringues à sa taille. Et il est ensuite frustrant de ne trouver que des fringues qui lui vont. Car devant l'impossibilité de tout acheter, l'étudiante va devoir faire des choix.
Oh situation cruciale et instants décisifs! Que n'est-elle millionnaire! Et l'étudiante repense à tous ces enfants vêtus de guenilles, les pieds dans la poussière, n'ayant que le ciel pour toit et du riz pour repas. Sauf que, à ce moment-là, en soutien-gorge devant le miroir de sa cabine, elle s'en fout complètement.

Alors que l'étudiante s'inspecte de long en large (surtout en large, pour ce qui la concerne), de face et de profil (de dos, c'est compliqué), l'étudiante s'interroge: « J'ai 60. Est-ce que je fais 50? » (De toute évidence, l'étudiante ne fait pas référence à son âge, mais à son poids).

De passage à la caisse, l'étudiante opte pour le chèque avec l'espoir inavoué que celui-ci s'égare et ne soit jamais encaissé.

L'étudiante déambule dans la rue, pensive. A quoi songe-t-elle ainsi? Au grand amour qu'elle a trouvé ou qu'elle recherche encore? A pas d'amour du tout mais plutôt aux citations cyniques du grand Wilde, à la grisaille des rues de sa ville, à ses exams et son mémoire, aux sorties qu'elle planifie, à sa situation financière ou au prix Nobel d'Obama? Nul ne sait. Toujours est-il que des automobilistes étonnés voient passer devant le pare-brise de leur voiture une étudiante au regard rêveur qui ne s'est pas rendu compte que c'est rouge, pour les piétons.

« Nous sommes tous dans le caniveau, écrivait Wilde. Mais certains d'entre nous ont le regard tourné vers les étoiles.»

# Posté le mardi 20 octobre 2009 04:29

Modifié le dimanche 25 octobre 2009 07:44